Mardi 27 janvier 2009
Le merveilleux pays de l'Education Nationale n'est parfois pas si merveilleux. Pourtant, Dieu sait si je l'aime, ce
pays, mais il est des instants où je ne le comprends pas. Vraiment pas. J'ai lutté pour rester dans le comté de l'IME. Bêtement, j'avais pensé être exaucée : enseigner dans le secteur
spécialisé, ce n'est la plupart du temps pas le rêve de l'instit'-type. Avant les vacances, je leur ai expliqué. Mon départ. Une nouvelle maîtresse. Et puis une autre. A cause d'un
mi-temps. Trop long à expliquer mais deux maîtresses, voilà ce qu'ils devaient retenir. Non, je ne pouvais pas rester. Parce que c'était comme ça. Que mon patron m'envoyait ailleurs. Que moi
aussi je trouvais ça dommage. Et puis les quitter en me disant que la titulaire a l'air très bien. Rassurée. Et Louise qui me disait "C'est quand même bête que tu partes, Alice...".
Appeler l'IME ce matin. Parce que je pense souvent à eux et que je compte leur rendre une petite visite un mercredi. Entendre l'éducateur m'expliquer que la titulaire a prolongé son congé. Qu'elle n'a pas été remplacée. Qu'il n'y avait même aucun enseignant pour assurer le 2ème mi-temps. Qu'ils ont eu quelqu'un, pendant une semaine. Quelqu'un qui n'est pas resté. Que depuis, personne. Personne.
Sentir la colère. La fureur. L'Injustice. Faire résonner dans ma tête les beaux principes du merveilleux pays de l'Education Nationale. Donner plus à ceux qui ont moins. Tendre la main aux plus défavorisés. Toutes ces belles paroles. Dans le vide. Faux-semblants. Pas de réalité. Juste des mots. La réalité, c'est que le merveilleux pays de l'Education Nationale a d'autres priorités que d'instruire de jeunes handicapés. La vérité, c'est que le merveilleux pays de l'Education Nationale n'a pas de scrupules à laisser des gamins dans le caniveau, des gamins qui n'ont d'ailleurs jamais connu que ça, le caniveau. La vérité, c'est que le comté de l'IME, c'est le milieu de nulle part. Et que le milieu de nulle part, c'est rien. Une goutte d'eau. Qui ne fera jamais déborder le vase.
Penser à Christophe, pas loin de savoir lire. A un rien. Serrer les dents en réalisant les efforts gâchés, les espoirs déçus. Enrager. L'Injustice. Penser à ces deux jeunes filles désireuses d'apprendre. Fières de savoir écrire leurs prénoms en attaché. Toujours à me demander, avant la classe : "On va travailler, Maîtresse ?". Injustice. Une envie de violence, soudain. De tout casser. Les beaux discours et les promesses non tenues. Toujours la même rengaine : déficit de remplaçant.s La belle affaire. La bonne excuse. La vérité, c'est qu'on ne veut pas mettre de remplaçants dans le comté de l'IME. Parce que l'IME, ça ne fait pas de bruit. L'IME, c'est discret. L'IME, c'est un comté lointain, très lointain, l'une de ces contrées qui terrorisent, la forêt toute noire, envahie par le brouillard. Qu'on a d'autres chats à fouetter que de jeunes psychotiques. L'IME, on sait que ça existe. Mais on fait comme si ça n'existait pas. Le merveilleux pays de l'Education Nationale, lui-même, ses seigneurs, font comme si ça n'existait pas.
Et pendant ce temps là, les jeunes de l'IME n'ont pas d'instit'. Ils sont derrière leurs grillages, ils regardent passer les camions et leur font des grands signes, sous les yeux tristes des adultes impuissants. Je ferai grève jeudi. Je marcherai pour eux.
Appeler l'IME ce matin. Parce que je pense souvent à eux et que je compte leur rendre une petite visite un mercredi. Entendre l'éducateur m'expliquer que la titulaire a prolongé son congé. Qu'elle n'a pas été remplacée. Qu'il n'y avait même aucun enseignant pour assurer le 2ème mi-temps. Qu'ils ont eu quelqu'un, pendant une semaine. Quelqu'un qui n'est pas resté. Que depuis, personne. Personne.
Sentir la colère. La fureur. L'Injustice. Faire résonner dans ma tête les beaux principes du merveilleux pays de l'Education Nationale. Donner plus à ceux qui ont moins. Tendre la main aux plus défavorisés. Toutes ces belles paroles. Dans le vide. Faux-semblants. Pas de réalité. Juste des mots. La réalité, c'est que le merveilleux pays de l'Education Nationale a d'autres priorités que d'instruire de jeunes handicapés. La vérité, c'est que le merveilleux pays de l'Education Nationale n'a pas de scrupules à laisser des gamins dans le caniveau, des gamins qui n'ont d'ailleurs jamais connu que ça, le caniveau. La vérité, c'est que le comté de l'IME, c'est le milieu de nulle part. Et que le milieu de nulle part, c'est rien. Une goutte d'eau. Qui ne fera jamais déborder le vase.
Penser à Christophe, pas loin de savoir lire. A un rien. Serrer les dents en réalisant les efforts gâchés, les espoirs déçus. Enrager. L'Injustice. Penser à ces deux jeunes filles désireuses d'apprendre. Fières de savoir écrire leurs prénoms en attaché. Toujours à me demander, avant la classe : "On va travailler, Maîtresse ?". Injustice. Une envie de violence, soudain. De tout casser. Les beaux discours et les promesses non tenues. Toujours la même rengaine : déficit de remplaçant.s La belle affaire. La bonne excuse. La vérité, c'est qu'on ne veut pas mettre de remplaçants dans le comté de l'IME. Parce que l'IME, ça ne fait pas de bruit. L'IME, c'est discret. L'IME, c'est un comté lointain, très lointain, l'une de ces contrées qui terrorisent, la forêt toute noire, envahie par le brouillard. Qu'on a d'autres chats à fouetter que de jeunes psychotiques. L'IME, on sait que ça existe. Mais on fait comme si ça n'existait pas. Le merveilleux pays de l'Education Nationale, lui-même, ses seigneurs, font comme si ça n'existait pas.
Et pendant ce temps là, les jeunes de l'IME n'ont pas d'instit'. Ils sont derrière leurs grillages, ils regardent passer les camions et leur font des grands signes, sous les yeux tristes des adultes impuissants. Je ferai grève jeudi. Je marcherai pour eux.
Par Alice
-
Publié dans : Chez le chat du Cheshire
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander